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L'ÉPICERIE PARTAGÉE

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NL

 

Le Service Communication (LSC) : Comment avez-vous traversé cet épisode très particulier ?
Anne-Sophie (AS) : Le plus difficile pour moi a été ce sentiment d’incertitude et de flou dans lequel je me suis retrouvée. Le fait d’avoir les informations étape par étape, l’attente du JT chaque soir, les ambulances très nombreuses dans les rues, ... Pour ce qui est de ma place en tant qu’enseignante, j’avais le sentiment “d'abandonner” nos étudiants... de les laisser dans ce même flou, dans cette même incertitude, dans ce même système de diffusion des informations étape par étape. Aussi, le fait de les savoir sans revenu financier, dans des milieux familiaux parfois compliqués, éloignés de leur famille, stressés par le futur, touchés de près ou de loin par la maladie, en difficulté face à l’isolement, ... nous a motivées à maintenir l’ouverture de l'épicerie partagée de la HE2B.
Anne (AB) : En tant qu’enseignante, je l’ai assez mal vécu. Je n’étais plus en accord avec mes valeurs car j’ai eu le sentiment d’accentuer les inégalités sociales par un système d’enseignement à distance. En tant que volontaire et responsable de l’épicerie, j’ai vécu cet épisode particulier super bien, car cela permettait d’entrer en résistance et de servir largement un des objectifs qui est de lutter contre la précarité des étudiants. En somme, ce que je ne donnais pas d’un côté, je pouvais le pallier de l’autre...

LSC : Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?
AS: Cette expérience de l'épicerie partagée pendant le Covid est très difficile à décrire, sans doute est-ce dû aux nombreux paradoxes que celle-ci fait naître en moi. Je sens comme un tiraillement entre le sentiment très profond de satisfaction qu’est d’offrir de son temps pour aider et le fait de devoir organiser ce genre d’aide... La joie de partager ces moments avec les étudiants et le fait qu’on est quand même là car ils ne savent pas comment ils vont s’en sortir... Le plaisir de faire des colis, de les garnir et surtout d’y mettre des bonnes choses saines et moins saines (c’était mon petit plaisir à moi de mettre des sucreries dans les colis ;-)) et en même temps de se dire que tous ces aliments étaient destinés à la poubelle...
Pourquoi ? Paradoxe, tiraillement, ...
Là où il n’y a aucun tiraillement, c’est dans la certitude d’une magnifique collaboration avec ma collègue Anne. Une magnifique complicité, une magnifique construction de projets, de décisions, d’organisations, ... toujours dans la discussion, dans l’écoute, dans les compromis, dans la bienveillance et surtout, souvent dans l'humour et la bonne humeur. Ma collègue est un sketch à elle toute seule ;-)
AB: Ce qui me reste de cette expérience, c’est l’incroyable chance de m’être associée avec Anne-Sophie Janowski pour ce projet. Les sourires des étudiants quand ils recevaient leur colis et les courts moments d’échanges avec eux. Leurs retours sur les expériences culinaires et découvertes alimentaires qu’ils faisaient. On voulait faire en sorte que le contenu des assiettes soit sain et diversifié, que cette aide alimentaire soit bonne pour le corps et l’esprit. Je me suis surprise à donner des conseils culinaires à des étudiants curieux. 
Et oui, je l’avoue, j’ai usé largement d’humour car c’est un outil important dans la relation d’aide. Ensuite, avoir la possibilité de rester créatif dans une institution dont les rouages de fonctionnement se complexifient me donne la sensation qu’il reste de l’espoir. Et pour finir, ce que je retiens, c’est de sentir cette liberté que j’ai prise de pouvoir poser un acte politique dans un monde où la fracture sociale grandit, où le bien-être et la culture n'apparaissent pas comme une nécessité.

LSC : De quelle façon avez-vous vécu ce confinement ?
AS : Le confinement a été vécu très différemment d’un point de vue privé et professionnel. Professionnellement, j’ai décidé de lâcher prise pour mes cours et d’être plus présente pour le bien-être des étudiants. Personnellement, j’ai pu profiter du temps libre que cette période m’offrait pour exercer mes loisirs et aussi pour mettre en place différents volontariats, ce qui manquait un peu à ma vie. 
AB : L’action et la mobilisation pour l’épicerie partagée m’a aidée à faire face au manque de mes parents et à la peur de ne plus les revoir, à la colère ressentie contre certains choix politiques par rapport à la gestion financière du secteur non-marchand et culturel. Cette mobilisation solidaire m’a donné l’occasion d’être active et ne pas subir ce que nous étions devenus... des confinés, des corps, juste une ressource et non des investisseurs d’idées en travail.

LSC : Quel rôle a joué l'épicerie partagée durant cette période ?
AS : L'épicerie partagée a nourri en moyenne un peu moins d’une centaine d’étudiants par semaine et distribué plus ou moins 300 kg de fruits et légumes. Sans oublier les dons non-périssables qui ont été offert par les membres du personnel HE2B. Nous profitons de cet article pour remercier la direction de la HE2B pour le soutien qu’elle nous a apporté pendant cette période. L'épicerie m’a permis de trouver ma place, de me sentir utile, de partager, d’offrir, de recevoir, de découvrir, d’expérimenter, de grandir, de mûrir, de m’enrichir, ... (surtout dans la connaissance des fruits et légumes ;-), merci Anne)
AB : Le rôle de l’épicerie est lié aux objectifs. Au fur et à mesure, on s’est vite rendu compte qu’un autre objectif apparaissait, celui de créer du lien social. Tant les étudiants que le personnel ont profité de ces moments de rencontre. Les échanges ont permis à toutes les parties de se sentir moins seules face aux difficultés ressenties. Aussi, avec Anne-Sophie, nous sommes formatrices en section éducateur et en nous mettant au service des étudiants, nous avions l’impression de transmettre l’importance d’être un professionnel engagé dans l’exercice de sa fonction.
MS (étudiante) : Le confinement a été un moment très difficile à vivre pour moi, j’étais seule avec mon amoureux et nous n’avions plus de job... donc plus de revenus...! Grâce à cette épicerie, nous avons pu largement profiter des produits géniaux proposés. De plus, Anne et AnSo étaient vraiment extraordinaires, elles redonnaient le sourire, c’était un réel plaisir de venir sur place. Un moment de détente, d’échanges humains et de « normalité » dans une période totalement hors du commun... Je me suis vraiment sentie mieux, rassurée et heureuse chaque fois que je suis allée à cette épicerie. Je ne leur dirai jamais assez merci pour tout ce qu’elles ont fait, mis en place et pour le temps qu’elles ont investi pour les étudiants. Alors encore un million de mercis !
L.CH. (étudiante) : (...) Une période qui touche peut être un peu à sa fin. Ouf... c’était assez particulier car toutes les journées passaient et se ressemblaient. Cuisine, salon, douche, TFE, TFE, TFE et c’est reparti. Parfois, une vague de joie à l’idée de se dire que c’est bientôt la fin de l’année... ensuite une vague de tristesse pour le monde qui avait, comme ... arrêté de respirer... le confinement s’est prolongé et j’ai comme perdu espoir... les travaux scolaires s’accumulaient... perte de mon job étudiant... enfermée chez moi et me sentir étouffée... mais je ne pouvais rien lâcher... heureusement, je pouvais faire des appels vidéo avec mes amies afin de pouvoir garder un semblant de vie sociale... sortir que pour aller faire des courses... ou aller à l'épicerie partagée de l’école !! C’était chouette de pouvoir revoir quelques camarades sur le trajet mais bizarre de ne pas pouvoir se saluer naturellement... un bouffée d’air et un sentiment de soutien de pouvoir échanger avec nos professeurs à l'épicerie et ressentir que je n'étais pas seule... un tremplin financier aussi lorsque j’avais plus de job... aujourd’hui j’en sors grandie ! J’espère pouvoir un jour donner comme j’ai pu recevoir !  (...)
JF (étudiante) : Tout d'abord, un grand merci pour cette initiative et ce soutien alimentaire durant ce confinement qui a supprimé mon job étudiant mais surtout pour votre bonne humeur, vos sourires et votre présence.  L'épicerie partagée fut vraiment une belle expérience surtout en ces temps de confinement. La meilleure façon de faire ses courses. Le moment pour une promenade, une discussion ou un échange de recettes. Au-delà de la gratuité, le côté chaleureux et solidaire prime et cela m'a d'autant plus marquée durant ce confinement. Ces belles petites choses qui se mettent en place en temps de crise ne sont finalement pas si petites et prennent une ampleur grandiose. Bravo et merci ! J'espère que la bonne humeur perdurera et que vous continuerez à faire des heureux.

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