Quand la pauvreté colle nos étudiants

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Le 22 octobre 2018, le service d’aide aux étudiants de notre Haute École Bruxelles-Brabant a participé au séminaire « Pauvreté et précarité des étudiants en Europe » organisé par l’ESAN (European Social Action Network) invité gracieusement par le Comité Economique et Social Européen.

Nous voulions en connaître plus sur cette discrète partie de notre public étudiant. Discrète, car la pauvreté dans notre société libérale, qu’on soit en accord ou non avec ses considérations, est jugée comme honteuse, médiocre. La responsabilité de cette misère pesant uniquement sur l’incapable nécessiteux.  Certes, nous avions eu vent de différents phénomènes comme le scandale des Sugar daddies[1] ou sur l’inégalité de l’accès à l’enseignement supérieur[2], mais cela restait de l’ordre de l’anecdote dans nos représentations. Or, il n’en est rien, selon l’étude « The Eurostudent project[3] » réalisée de 2016 à 2018 sur plus de 300 000 étudiants provenant de 22 pays de l’UE[4], 14% de la population étudiante déclarent rencontrer des difficultés financières graves (principalement dans les pays de l’Est) et 60% signalent des problèmes financiers (sur l’ensemble des pays étudiés).

Il apparait que les jeunes adultes issus de familles monoparentales ou de familles pauvres ou encore recevant une aide publique sont plus à risque de se trouver dans une situation de précarité. Nous comprenons que le contexte familial influe énormément sur la situation matérielle et culturelle de l’étudiant.  Au regard de cela, il semble judicieux de souligner qu’en Belgique francophone, 25% des enfants wallons et 40% des enfants bruxellois évoluent dans un environnement précaire, les parents se débrouillant avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté[5]. Si ces premiers, dépassent les obstacles de l’enseignement obligatoire « gratuit », ils arriveront dans nos écoles et devrons encore lutter sur bien d’autres plans que l’apprentissage. Vraisemblablement, le statut d’étudiant demeurant transitoire préoccupe peu les pouvoirs politiques. En conséquence très peu d’aides sont offertes et si elles existent (revenu du CPAS, bourses…), elles restent insuffisantes pour subvenir aux besoins de base. Forcément, 28% des étudiants dépensent plus de 40% de leur ressource pour se loger, les 60% résiduel serviront à assumer les autres dépenses élémentaires (charges, factures, hygiène, alimentation, habillement, frais médicaux, frais d’études…). De ce fait, la « sur » vie quotidienne des apprenants dépend de leur famille, d’un job étudiant ainsi que de la solidarité comme les épiceries sociales, les petits riens, les plannings familiaux... En conclusion, au plus l’étudiant est pauvre, au plus il doit utiliser son temps à travailler ou à se débrouiller et au moins il peut investir ses études, c’est-à-dire aller au cours, étudier, réaliser des travaux, etc. Beaucoup de ces adultes n’arrivent pas à surmonter ces difficultés et arrêtent leurs études, ainsi 1/3 des étudiants précaires abandonnent leur formation[6].

Actuellement, il n’existe pas de décret permettant d’offrir des aménagements aux étudiants modestes. Aussi, le corps académique n’a aucune obligation envers ces personnes, mais nous pouvons envisager une certaine flexibilité dans nos « jugements », dans nos décisions et dans notre organisation. Par exemple, nous pouvons nous montrer compréhensifs lorsqu’un étudiant dort au cours, ne vient pas au cours, désire changer de groupe de TP, voudrait avoir l’autre date de l’évaluation orale… Nous pourrions également être à l’écoute et de bons conseils lorsqu’on repère un étudiant « particulier ».

 

 

[1] “Une Pub Autour de l’ULB Incite Les Étudiantes à Se Faire Entretenir Par Un ‘Sugar Daddy’: Plaintes Déposées.” Accessed November 21, 2018. https://www.rtbf.be/info/medias/detail_le-jep-est-saisi-d-une-plainte-contre-un-site-de-sugar-daddy-s?id=9718732.

[2] “Précarité étudiante: ‘En 2016, 27.000 étudiants ont demandé une aide auprès du CPAS.’” RTBF Info, November 17, 2017. https://www.rtbf.be/info/economie/detail_precarite-etudiante-en-2016-27-000-etudiants-ont-demande-une-aide-aupres-du-cpas?id=9765422.

[3] “EUROSTUDENT Social Dimension of European Higher Education: Comparative and National Reports |.” Text. Accessed November 21, 2018. http://www.eurostudent.eu/results/reports.

[4] 22 pays sur les 28 de l’UE , malheureusement la Belgique et le Luxembourg n’ont pas désiré participer à cette étude.

[5] Degraef, Véronique. “École maternelle, pauvreté et diversité culturelle - Etat des lieux et des connaissances.” Fondation Roi Baudouin, Février 2014. 978-2-87212-720-7. https://www.kbs-frb.be/start.aspx?q=/

[6] EUROSTUDENT Social Dimension of European Higher Education: Comparative and National Reports |.” Text. Accessed November 21, 2018. http://www.eurostudent.eu/results/reports

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